Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 22:17

Les Frères Karamazov, d’après Dostoïevski

Création de Jean Gillibert – Lavoir Moderne Parisien

LA CROIX Les rendez-vous Sorties

 

frère K tête d'affiche

 

Il y a un cas Jean Gillibert

 

Acteur et metteur en scène formé à l’école de Jean-Louis Barrault, de Vilar et de Ludmilla Pitoëff après-guerre, ami de Camus et de Genet, complice de Maria Casarès, co-fondateur du Théâtre antique de la Sorbonne avec Barthes…, cet ex-boy de Mistinguett, né en 1921 à Pont-aux-Dames, tout près de la célèbre maison de retraite pour artistes (on se souvient de La fin du Jour, le film de Duvivier tourné en 1939 avec Jouvet, Michel Simon et François Périer), est aussi psychanalyste patenté, médecin recevant régulièrement les patients dans son cabinet jusqu’à ces dernières années…

 

Ceci explique-t-il cela ? S’il s’est bien gardé de confondre ses deux activités, il a toujours fait figure d’homme de la marge, cherchant autant son salut dans les auteurs reconnus du théâtre (Strindberg, Euripide, Calderon…) que dans des écrivains qui n’ont pas écrit pour la scène.

 

Ainsi, après avoir adapté et mis en scène Les Possédés, sous le titre Les Démons, il y a trois ans, revient-il à Dostoïevski avec une adaptation des Frères Karamazov, qu’il présente comme une «passion».

 

S’attachant peu aux interprétations psychanalytiques (même s’il cite Freud), ce qui l’intéresse ici, c’est l’«approche», le «message aux résonances extraordinairement actuelles», insiste-t-il d’un Dostoïevski, homme du doute et chrétien – mais d’un «christianisme oriental et farouche», placé sous le signe de l’Évangile selon saint Jean et de l’Apocalypse, «plus proche de Bernanos que de Claudel».

« Pour qui le pire est toujours possible», comme il dit.

 

« Dans les Frères Karamazov, le plus important n’est pas le meurtre du père, reprend Jean Gillibert. C’est la place du crime dans la société, les questions du criminel et du droit à la rédemption, de l’Homme avec Dieu et de l’Homme privé de Dieu.»

 

« Quand tu ne croiras plus en moi, j’existerai vraiment »

D.M.

Repost 0
17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 23:29

 

Les Frères Karamazov,

Adaptation pour le théâtre et texte français de Jean Gillibert

d’après Dostoïevski

 

Les variations quasi-musicales (organiques) cerclant le parricide s’organisent autour de :

-  qui a tué ?

-  qu’est-ce qu’un père ?

-  des fils, Dmitri a presque tué

Ivan a voulu tuer

Smerdiakov a tué (inspiré par Ivan)

Aliocha a pensé tuer Dieu.

Si le théâtre – ou plutôt le tragique – est un arrachement au social et partant, à l’époque, à l’histoire, c’est que le meurtre (et le parricide en premier lieu) précède toute conscience d’être. Donc, nous sommes tous coupables, de chacun, de tous, de tout.

Quand l’absolu de l’Autre se révèle inaccessible…on le tue. La conscience vient après.

 

De ce meurtre parricide, la Russie porte toute la responsabilité. C’est la Russie qui a tué le vieux Karamazov en armant le bras de ses fils.

La Russie est devenue criminelle, par les confusions qu’elle exerce en ne dissociant plus l’intention de l’acte…Criminelle, au moment où elle-même va être tuée.

 

Le prophétisme de Dostoïevski est ici audacieux. On a tué la Russie…vive les Karamazov ! Le communisme achèvera le meurtre agencé, la suite du communisme parachèvera (de nos jours) cet agencement. L’histoire fabuleuse de Byzance s’est-elle arrêtée définitivement au moment où une Europe de fermiers généraux est en train de s’instaurer ?

 

Les Karamazov, les frères Karamazov sont un grand rêve souterrain…de destruction (Tchernobyl, y compris)

 

J’arrive à penser que ce nouveau tragique est plus «grand» que le tragique grec…Certes le tragique de Cassandre qui se tait si longanimement dans l’Agamemnon d’Eschyle avant d’entamer sa folie prophétique est incommensurable, mais l’acceptation de Dmitri d’aller en Sibérie (pour un meurtre qu’il n’a pas commis, dont on l’accuse) au nom de la mort injustifiée et irréparable du «petiot» - mort qu’il apprend durant son procès – est quelque chose d’ingouvernable. L’irrémissible damnation.

 

Il y a au terme du tragique grec une sagesse limpide et abstraite, par exemple la mutation des vengeresses du sang, les Erynies, en Euménides, déesses bienfaisantes…à la gloire d’Athènes.

 

Le tragique de Dostoïevski conduit aux ordalies modernes : tant d’êtres humains massacrés, mais non effacés malgré tous les révisionnismes, alors que pour les Grecs il existe un lieu d’utopie où on oublie tous les conflits, toutes les exactions, tous les crimes.

 

Dostoïevski découvre avec son christianisme la nécessité intérieure dont certains pourraient penser qu’elle commence avec Antigone, alors qu’elle demeure encore aux «lois non écrites».

 

Il y avait eu Dionysos et sa sauvagerie a-sociale, abâtardie dans le Baroque, la Renaissance et l’esprit classique, mais était présente l’appréhension des orgies sinistres d’un Dyonisos extatique avec les ordalies wagnériennes, les absences réifiées en présences, avec Beckett, Genêt et même Claudel…

Il y a eu en Dostoïevski ce théâtre là du nouveau tragique de la folie de l’Autre.

 

Jean Gillibert

 

Dimitri

 

NB.

Ivan devient fou, Dmitri est banni, Smerdiakov s’est pendu, Aliocha part pour le monde de l’incertitude…C’est ce qui reste de la famille ! Et pas le moindre sentiment de deuil après le parricide. Tout était «avant». Pas le moindre remords, mais la damnation irrémissible de ce phénomène étrange et nouveau : la nécessité intérieure.

 

Donc, pour une pièce adaptée du russe, jouée en français, par des français…pas de pittoresque à la russe ! Certainement de la musique pour valoriser l’aspect choral.

 

 

Note :

• Adaptations théâtrales de Jean Gillibert (d’après Dostoïevski)

Les Démons, d’après les Possédés de Fédor Dostoïevski

- Les Frères Karamazov d’après  Fédor Dostoïevski  

- Les Nuits blanches d’après  Fédor Dostoïevski

 

• Créations théâtrales de Jean Gillibert (d’après Dostoïevski)

L’homme du sous-sol de Fédor, Dostoïevski , Théâtre de la Huchette ,1981

Les Démons d’après Fédor Dostoïevski , Fondation Deutsch de la Meurthe ,1991

Le Rêve d’un ridicule , Lucernaire, 1992

Les Frères Karamazov, d’après Fédor Dostoïevski , Lavoir Moderne Parisien, 1998

-  Les Nuits blanches d’après Fédor Dostoïevski , Vieille Grille, 2002

 

Repost 0
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 21:19

Les Frères Karamazov,

Adaptation pour le théâtre et texte français de Jean Gillibert

d'après Dostoïevski

 

Dostoevskij 1876 

 

  Présentation de Jean Gillibert


J’ai «adapté» pour la représentation de théâtre l’Idiot, Les Démons (Les Possédés), l’Homme du sous-sol (Mémoires dans un souterrain), Nuits Blanches, le rêve d’un homme ridicule. J’ai attendu avant d’en venir aux Karamazov, ce roman-tragédie, le plus complet, mais le plus énigmatique aussi des œuvres de Dostoïevski.

 

Le drame familial- sans mère- et son destin tragique (mort du père, les fils tombent dans l’abîme) sont d’ordre du religieux. C’est un tragique religieux.

 

Le temps y est suspendu plus en théâtre qu’en romanesque. Temps de la puissance, dilatée, raccourci, accéléré, extatique…en vue d’une puissance du temps vers l’eschatologie. Temps de la résurrection !

 

La distinction entre écriture théâtrale et écriture romanesque s’estompe et disparaît ; on croyait pouvoir distinguer les artifices et les stratégies de la dramaturgie des artifices et stratégies de la composition romanesque… on se trompait et on se trompe toujours. Pourtant, Shakespeare, avec Cymbeline – Un conte d’hiver – et la plupart de ses comédies, avait mélangé temps romanesque et temps théâtral.

 

Le tragique de Dostoïevski est nouveau, il s’oppose au tragique comme Byzance à Rome et par Rome à Athènes.

 

C’est au profond même de l’humiliation que l’homme ici devient inaccessible. La transcendance devient, ici, verticale. La séparation homme-dieu ne relève plus d’un accord ou d’un désaccord, mais l’incarnation du Dieu au terme de son histoire lève toutes les apories pour en créer une nouvelle, étrange et encore plus invraisemblable : le dieu incarné va-t-il revenir ? Il revient : voir en cela la Légende du Grand Inquisiteur. Ailleurs, en Occident, il s’appellera le Paraclet (cf.Léon Bloy)

 

Ce tragique du retour me paraît être l’incertitude du fondement de ce nouveau tragique. Peut-être un tragique sans fondement. La foi, non seulement est l’indéterminé, mais elle est surtout l’insupportable, ce que ne comprend pas le monde athée.

 

Dostoïevski nous montre quelque chose de fondamental à cette absence de fondement : la quotidienneté n’est quotidienne que parce qu’elle a renoncé à la lutte. L’incarnation est donc bien le mystère chrétien de la création perpétuée au nom d’une folie d’incarnation qui ne se satisfait pas d’une universalité originelle : celle du Christ.

 

C’est ce que l’athéisme de Dostoïevski fait trembler, vibrer, régénérer. Le christ peut revenir…recommencer ?...ou ressusciter ? Le christ et l’innocence de l’enfant (il faut entrer comme un enfant dans le royaume)

 

Ne regrettons pas que Dostoïevski n’ait pas écrit de «théâtre» en bonne et due forme, comme il l’a pensé un moment. Il n’aurait écrit, vraisemblablement, que des pièces d’époque. Il a fait beaucoup plus de théâtre en écrivant ses romans-tragédies. Il renouait avec l’antique Byzance, encore une fois contre Rome et Athènes. Avec Byzance, le tragique de la tragédie n’est pas de ce monde. Rien dans l’ici-bas n’est totalisé, d’où les fureurs pulsionnelles des personnages – il faudrait dire des personnifications -, surtout dans les scènes «intérieures».

 

On a rédimé le thème parricidaire des Karamazov en lui donnant comme prototype la mort singulière du père de Dostoïevski par meutre. Cela ne prouve qu’une chose : la hantise et ne dit rien encore du monde du Christ et de l’athéisme qui l’accompagne en parallèle. Il n’y a pas d’athée juif ou musulman, mais des infidèles. Le monde chrétien porte l’athéisme avec lui. Pascal l’avait déjà pensé et vécu.

 

Plus on bafoue, humilie, massacre le Christ, plus il est christ, plus on remplit et justifie l’essence du christ. L’identité supra-historique du christ prend là aussi sa racine, mais quand le Dieu revient sur terre…encore une fois, qu’el est-il et qu’y vient-il faire ? (pour le Grand Inquisiteur, il ne vient que «déranger»). Donc, le Christ est sans repos et la foi en lui est une foi insupportable.

 

La première métanoïa (conversion) avait été vue par Saint Paul…

 

Le monde chrétien doit être soumis à la seconde métanoïa (le Christ peut revenir – non seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire au moment où elle s’effrondre…ou au moment où elle se formalise en société fixée, où l’on peut être chrétien sans effort et sans dommage).

 

Dostoïevski n’écrira jamais son roman projeté « La vie d’un grand pécheur» (le roman de l’athéisme). C’est une des raisons de la tension de l’écriture dostoïevskienne entre l’Autre indésirable (Rome, le pape, les jésuites, l’Occident, les juifs) et l’autre désirable (le Christ).

 

Le tragique nouveau est donc à la fois organique et utopiste. Il naît avec le réalisme fantastique contre tout vérisme.

 

Les personnages tragiques de Dostoïevski s’entre-déchirent et s’entretuent tout autant au nom de satan que du Christ, du mal que du bien, du sans Dieu qu’avec Dieu.

 

Jean Gillibert

 

Texte Dosto

Repost 0
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:59

Note de présentation de Jean Gillibert

Création de « Les Frères Karamazov » Lavoir Moderne Parisien

 

« Je me suis assigné depuis longtemps une tâche idéale : écrire un roman

sur les enfants russes de notre temps…et sur leurs pères…en étudiant

les uns et les autres dans leurs rapports mutuels » Dostoïevski

 

Freud considérait Œdipe Roi, Hamlet et les Frères Karamazov comme les trois plus grands chefs-d’œuvre de l’humanité, parce qu’ils traitaient des grands lieux tabous du psychisme et de la civilisation, en premier le parricide.

 

« Tous les autres ont des Hamlet, nous, nous avons des Karamazov » écrit Dostoïevski dans son roman. Nous : les Russes. Dostoïevski lutte comme un forcené contre l’intellectualisme occidental, venu des Latins, de Rome.

 

La loi n’est que spirituelle, issue de Byzance. Avec Byzance, rien dans l’ici-bas n’est totalisé, d’où les fureurs pulsionnelles des personnages.

 

Relisons les admirables romans de Mika Waltaris publiés aux éditions Phébus (Jean le Pérégin et Les amants de Byzance) : la terre et le ciel sont séparés, mais cette séparation est un lien.

 

Il y a un lien vivant qui nous rattache au monde céleste. Ce lien vivant est un don d’amour christique, cosmique, qui sauve de la fureur sensuelle, sexuelle et dévastatrice de la terre.

 

Les Karamazov, par le père et par les fils, possèdent en eux cette force sauvage tellurique de la Russie païenne qui conduit aux pires dégradations (« la force incommensurable de la bassesse et de la luxure karamazovienne» in Les Frères Karamazov). Le père devient « tuable » et la responsabilité du meurtre se reporte sur ses quatre fils (avec Smerdiakov).

 

C’est donc toute la Russie qui est responsable et coupable.

 

Smerdiakov a exécuté l’acte. Ivan - le plus hamlétique des fils-, l’a inspiré. Dmitri a raté l’acte, mais veut en porter la responsabilité comme s’il l’avait commis ; il accepte la Sibérie comme d’autres plus tard se diront coupables alors qu’ils ne l’étaient pas et « choisiront » le Goulag. Aliocha, figure de charité, douloureuse, incertaine, a pensé tuer Dieu, en se soustrayant à son destin, mais part sur les routes, le cœur chargé du Christ.

 

La loi intérieure de l’esprit, la nécessité intérieure du monde et de Dieu, outrepassant les figures du social - terrifiantes, celles du marxisme appliqué – ni sublimées, ni idéalisées mais réalisées dans leur irréalisme, donnent alors au tragique dostoïevskien un sens absolument nouveau auquel le tragique des œuvres théâtrales antérieures n’accédait pas encore ou peut-être autrement.

 

Il est vrai que le père ici n’est plus le roi, mais le bouffon du roi, et que les mères sont dévoyées.

 

Va-t-on reconnaître enfin cette nadryv, cette jouissance malsaine ( ?), cette souffrance «inventée» pour admettre, comprendre et aimer l’autre, par charité et non par justice d’alter ego, qui ne va pas sans la damnation, le pari…ou le blasphème, qu’ont pressentis pour nous Pascal et Baudelaire, et que Freud a appelé sado-masochisme ?

 

Tarkovski ne nous a-t-il pas déjà mesuré ce qui est sacrifice et non héroïsme ?

 

Pourquoi donner au théâtre ce qui semble n’appartenir qu’au roman ? Entre roman et théâtre, il n’y a pas cette scission inexpiable que soutient la critique intellectuelle. Dramaturgie, scénographie, mise en scène même sont issues de l’œuvre et n’ont aucune autonomie. Tohu-bohu et psychodrame sont et du Dostoïevski et du théâtre.

 

Jean Gillibert

 

Dimitri et Grouchenka

Nous ne sommes pas russes. Nous ne feront pas les Russes.

Nous ne sommes que démunis, à tous les points de vue…

Repost 0
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:45

Groupe karamazov

 

Les Frères Karamazov,

Adaptation pour le théâtre et texte français de Jean Gillibert

d’après Dostoïevski

 

Personnages


Fiodor Pavlovitch                  Jean          Gillibert

 

Katherine Ivanovna               Laure         Guizerix

 

Le starets Zosime                 André        Cazalas

 

Grouchenka                         Cynthia      Gava

 

Ivan Fiodorovitch                  Stéphane    Valensi

 

Dmitri Fiodorovitch                Christian     Fischer-Naudin

 

Aliocha Fiodorovitch              Marc-Olivier  Sephiha

 

Smerdiakov                          Karim        Bouziouane

 

Le chœur : 

 

Mioussov: Sylvain Faivre - Grigori: Gilles Padié

 

Le vieux capitaine: Joseph Collot - Rakitine: Sylvain Faivre

 

Mme Kholkakov, femmes au monastère:

 

Béatrice Presles, Nathalie Éno, Anne-Martine Deloffre, Véronique

Gaudin, Antoinette Surun

 

Premier moine: Bruno Multon, les moines: Joseph Collot, Sylvain

Faivre, Gilles Padié, Olivier Martinaud, Antonio Interlandi

 

Juges d'instruction: Bruno Multon, Sylvain Faivre

 

Le procureur: Bruno Multon, l'officier polonais: Sylvain Faivre

 

Assistanat à la mise en scène :         Claude Morand

 

Création musicale :                         Benoît Urbain

 

Création lumières :                         Philippe Lacombe

 

Chorégraphie avec la participation de: Antonio Interlandi

 

Intendance :                                 Antoinette Surun

 

N.B.

Tous les personnages, en dehors des 8 principaux, «sortent» du chœur, qui doit être composé environ d’une vingtaine de personnes – hommes et femmes.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de christian.fischer.over-blog.com
  • Le blog de christian.fischer.over-blog.com
  • : Acteur formé lors des rencontres du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, à l’école de Grotowski et à celle de la Cartoucherie de Vincennes, Christian Fischer-Naudin a jusqu'à présent consacré l'essentiel de sa carrière au théâtre.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens