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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:59

Note de présentation de Jean Gillibert

Création de « Les Frères Karamazov » Lavoir Moderne Parisien

 

« Je me suis assigné depuis longtemps une tâche idéale : écrire un roman

sur les enfants russes de notre temps…et sur leurs pères…en étudiant

les uns et les autres dans leurs rapports mutuels » Dostoïevski

 

Freud considérait Œdipe Roi, Hamlet et les Frères Karamazov comme les trois plus grands chefs-d’œuvre de l’humanité, parce qu’ils traitaient des grands lieux tabous du psychisme et de la civilisation, en premier le parricide.

 

« Tous les autres ont des Hamlet, nous, nous avons des Karamazov » écrit Dostoïevski dans son roman. Nous : les Russes. Dostoïevski lutte comme un forcené contre l’intellectualisme occidental, venu des Latins, de Rome.

 

La loi n’est que spirituelle, issue de Byzance. Avec Byzance, rien dans l’ici-bas n’est totalisé, d’où les fureurs pulsionnelles des personnages.

 

Relisons les admirables romans de Mika Waltaris publiés aux éditions Phébus (Jean le Pérégin et Les amants de Byzance) : la terre et le ciel sont séparés, mais cette séparation est un lien.

 

Il y a un lien vivant qui nous rattache au monde céleste. Ce lien vivant est un don d’amour christique, cosmique, qui sauve de la fureur sensuelle, sexuelle et dévastatrice de la terre.

 

Les Karamazov, par le père et par les fils, possèdent en eux cette force sauvage tellurique de la Russie païenne qui conduit aux pires dégradations (« la force incommensurable de la bassesse et de la luxure karamazovienne» in Les Frères Karamazov). Le père devient « tuable » et la responsabilité du meurtre se reporte sur ses quatre fils (avec Smerdiakov).

 

C’est donc toute la Russie qui est responsable et coupable.

 

Smerdiakov a exécuté l’acte. Ivan - le plus hamlétique des fils-, l’a inspiré. Dmitri a raté l’acte, mais veut en porter la responsabilité comme s’il l’avait commis ; il accepte la Sibérie comme d’autres plus tard se diront coupables alors qu’ils ne l’étaient pas et « choisiront » le Goulag. Aliocha, figure de charité, douloureuse, incertaine, a pensé tuer Dieu, en se soustrayant à son destin, mais part sur les routes, le cœur chargé du Christ.

 

La loi intérieure de l’esprit, la nécessité intérieure du monde et de Dieu, outrepassant les figures du social - terrifiantes, celles du marxisme appliqué – ni sublimées, ni idéalisées mais réalisées dans leur irréalisme, donnent alors au tragique dostoïevskien un sens absolument nouveau auquel le tragique des œuvres théâtrales antérieures n’accédait pas encore ou peut-être autrement.

 

Il est vrai que le père ici n’est plus le roi, mais le bouffon du roi, et que les mères sont dévoyées.

 

Va-t-on reconnaître enfin cette nadryv, cette jouissance malsaine ( ?), cette souffrance «inventée» pour admettre, comprendre et aimer l’autre, par charité et non par justice d’alter ego, qui ne va pas sans la damnation, le pari…ou le blasphème, qu’ont pressentis pour nous Pascal et Baudelaire, et que Freud a appelé sado-masochisme ?

 

Tarkovski ne nous a-t-il pas déjà mesuré ce qui est sacrifice et non héroïsme ?

 

Pourquoi donner au théâtre ce qui semble n’appartenir qu’au roman ? Entre roman et théâtre, il n’y a pas cette scission inexpiable que soutient la critique intellectuelle. Dramaturgie, scénographie, mise en scène même sont issues de l’œuvre et n’ont aucune autonomie. Tohu-bohu et psychodrame sont et du Dostoïevski et du théâtre.

 

Jean Gillibert

 

Dimitri et Grouchenka

Nous ne sommes pas russes. Nous ne feront pas les Russes.

Nous ne sommes que démunis, à tous les points de vue…

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  • : Acteur formé lors des rencontres du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, à l’école de Grotowski et à celle de la Cartoucherie de Vincennes, Christian Fischer-Naudin a jusqu'à présent consacré l'essentiel de sa carrière au théâtre.
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