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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 21:19

Les Frères Karamazov,

Adaptation pour le théâtre et texte français de Jean Gillibert

d'après Dostoïevski

 

Dostoevskij 1876 

 

  Présentation de Jean Gillibert


J’ai «adapté» pour la représentation de théâtre l’Idiot, Les Démons (Les Possédés), l’Homme du sous-sol (Mémoires dans un souterrain), Nuits Blanches, le rêve d’un homme ridicule. J’ai attendu avant d’en venir aux Karamazov, ce roman-tragédie, le plus complet, mais le plus énigmatique aussi des œuvres de Dostoïevski.

 

Le drame familial- sans mère- et son destin tragique (mort du père, les fils tombent dans l’abîme) sont d’ordre du religieux. C’est un tragique religieux.

 

Le temps y est suspendu plus en théâtre qu’en romanesque. Temps de la puissance, dilatée, raccourci, accéléré, extatique…en vue d’une puissance du temps vers l’eschatologie. Temps de la résurrection !

 

La distinction entre écriture théâtrale et écriture romanesque s’estompe et disparaît ; on croyait pouvoir distinguer les artifices et les stratégies de la dramaturgie des artifices et stratégies de la composition romanesque… on se trompait et on se trompe toujours. Pourtant, Shakespeare, avec Cymbeline – Un conte d’hiver – et la plupart de ses comédies, avait mélangé temps romanesque et temps théâtral.

 

Le tragique de Dostoïevski est nouveau, il s’oppose au tragique comme Byzance à Rome et par Rome à Athènes.

 

C’est au profond même de l’humiliation que l’homme ici devient inaccessible. La transcendance devient, ici, verticale. La séparation homme-dieu ne relève plus d’un accord ou d’un désaccord, mais l’incarnation du Dieu au terme de son histoire lève toutes les apories pour en créer une nouvelle, étrange et encore plus invraisemblable : le dieu incarné va-t-il revenir ? Il revient : voir en cela la Légende du Grand Inquisiteur. Ailleurs, en Occident, il s’appellera le Paraclet (cf.Léon Bloy)

 

Ce tragique du retour me paraît être l’incertitude du fondement de ce nouveau tragique. Peut-être un tragique sans fondement. La foi, non seulement est l’indéterminé, mais elle est surtout l’insupportable, ce que ne comprend pas le monde athée.

 

Dostoïevski nous montre quelque chose de fondamental à cette absence de fondement : la quotidienneté n’est quotidienne que parce qu’elle a renoncé à la lutte. L’incarnation est donc bien le mystère chrétien de la création perpétuée au nom d’une folie d’incarnation qui ne se satisfait pas d’une universalité originelle : celle du Christ.

 

C’est ce que l’athéisme de Dostoïevski fait trembler, vibrer, régénérer. Le christ peut revenir…recommencer ?...ou ressusciter ? Le christ et l’innocence de l’enfant (il faut entrer comme un enfant dans le royaume)

 

Ne regrettons pas que Dostoïevski n’ait pas écrit de «théâtre» en bonne et due forme, comme il l’a pensé un moment. Il n’aurait écrit, vraisemblablement, que des pièces d’époque. Il a fait beaucoup plus de théâtre en écrivant ses romans-tragédies. Il renouait avec l’antique Byzance, encore une fois contre Rome et Athènes. Avec Byzance, le tragique de la tragédie n’est pas de ce monde. Rien dans l’ici-bas n’est totalisé, d’où les fureurs pulsionnelles des personnages – il faudrait dire des personnifications -, surtout dans les scènes «intérieures».

 

On a rédimé le thème parricidaire des Karamazov en lui donnant comme prototype la mort singulière du père de Dostoïevski par meutre. Cela ne prouve qu’une chose : la hantise et ne dit rien encore du monde du Christ et de l’athéisme qui l’accompagne en parallèle. Il n’y a pas d’athée juif ou musulman, mais des infidèles. Le monde chrétien porte l’athéisme avec lui. Pascal l’avait déjà pensé et vécu.

 

Plus on bafoue, humilie, massacre le Christ, plus il est christ, plus on remplit et justifie l’essence du christ. L’identité supra-historique du christ prend là aussi sa racine, mais quand le Dieu revient sur terre…encore une fois, qu’el est-il et qu’y vient-il faire ? (pour le Grand Inquisiteur, il ne vient que «déranger»). Donc, le Christ est sans repos et la foi en lui est une foi insupportable.

 

La première métanoïa (conversion) avait été vue par Saint Paul…

 

Le monde chrétien doit être soumis à la seconde métanoïa (le Christ peut revenir – non seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire au moment où elle s’effrondre…ou au moment où elle se formalise en société fixée, où l’on peut être chrétien sans effort et sans dommage).

 

Dostoïevski n’écrira jamais son roman projeté « La vie d’un grand pécheur» (le roman de l’athéisme). C’est une des raisons de la tension de l’écriture dostoïevskienne entre l’Autre indésirable (Rome, le pape, les jésuites, l’Occident, les juifs) et l’autre désirable (le Christ).

 

Le tragique nouveau est donc à la fois organique et utopiste. Il naît avec le réalisme fantastique contre tout vérisme.

 

Les personnages tragiques de Dostoïevski s’entre-déchirent et s’entretuent tout autant au nom de satan que du Christ, du mal que du bien, du sans Dieu qu’avec Dieu.

 

Jean Gillibert

 

Texte Dosto

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  • : Acteur formé lors des rencontres du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, à l’école de Grotowski et à celle de la Cartoucherie de Vincennes, Christian Fischer-Naudin a jusqu'à présent consacré l'essentiel de sa carrière au théâtre.
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