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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 21:27

 

De sade Juliette mise en scène MV photo de scène

DE SADE, JULIETTE  Critique de Michel Cournot

Culture  Le  Monde


Samedi 8 avril 1989


THEATRE


De Sade, Juliette de Jean Michel Guillery -Mise en scène de Michèle Venard - avec Christian Fischer-Naudin (Sade), Nadine Spinoza (Juliette)

 

"J'adore le roi, mais  Je déteste les anciens abus; J'aime une infinité
d'articles de la Constitution, d'autres me révoltent,.. Je ne veux
point d'Assemblée nationale, mais deux Chambres, comme en Angleterre... Que suis-je à présent ? Aristocrate ou démocrate? Vous me le direz, s'il vous plaît, car pour moi Je n'en sais rien"

C'est le marquis de Sade qui écrit à son avocat en décembre 1791.

Mais Jean-Michel Guillery situe
I'action de sa pièce, De Sade, Juliette, plus tard, en 1794, quand Sade sera détenu à la prison de
Picpus.
Libéré par les révolutionnaires de juillet 1789 (il était incarcéré depuis cinq ans et demi à la Bastille), Sade est devenu membre, Puis secrétaire, puis président, de la section des Piques (Paris a été divisé en quarante-huit sections, et Sade, qui habite rue des Mathurins, appartient  à la section de la place Vendôme, rebaptisée des Piques).

Un lieu plus avenant et plus aéré

 

Sade, dans sa section, a pu faire  adopter par la Convention des mesures qui touchent tout Paris, par exemple la décision que, dans  les hôpitaux, il n'y aura désormais qu'un malade par lit. Mais, écrit son  biographe, Gilbert Lély,.

 

"il est hors de doute que Sade a dû mettre à profit son autorité de président pour intervenir , chaque fols qu'il le
pouvait, en faveur des victimes de la délation" , Et Gilbert Lély ajoute que cette attitude a conduit à l'arrestation
de Sade, le 8 décembre 1 793.
Sade va être transféré de la prison des Madelonnettes ( quartier Art et Métiers actuelle) à celle des Carmes (70 rue de Vaugirard), ,à celle de Saint Lazare ( 107, Faubourg Saint Denis) ,avant d'être finalement expédié à Picpus, qui était un lieu plus avenant, plus aéré, avec un beau jardin de 400 m de long.

Sade arrive là le 24 mars 1794 et il respire un  peu. Mais, le 10 juin ce sera le rapport de Couthon à la Convention :

"Toute formalité indulgente est un danger public.."

Le 14 juin, la guillotine est dressée place du Trône Renversé, à deux pas du "domicile" de Picpus, et des terrassiers envahissent, sous la fenêtre de Sade, le jardin, creusent deux énormes tombes communes de 6,50 m de profondeur : des centaines de corps vont être tassés là-dedans, on brûlera du thym et du genièvre qui n'emporteront pas sur la puanteur.

Le 26 juillet, Sade est condamné à mort et l'huissier du tribunal est chargé de l' «amener» , mais le désordre est tel dans les paperasses des tribunaux que Sade échappe aux recherches, on le croit encore aux Carmes, à Saint Lazare, on ne va pas le chercher à Picpus. Deux jours plus tard, le 28, c'est Robespierre qui passe sur l'échafaud. Sade sera libéré le 19 octobre.

 

Sade a-t-il été à même d'écrire dans le climat insupportable de Picpus, l'un de ses oeuvres les plus animées les plus déchaînées, Juliette ? Ce livre est paru trois ans après Picpus en 1797,  en même qu'une nouvelle version, très violente, de Justine, la soeur de Juliette, soit dix volumes accompagnés de cent une gravures d'une totale obscénité. Gilbert Lély admet " sans que le fait  enlève rien à leur caractère de chefs-d'oeuvre , la nouvelle Justine et Juliette constituent à n'en point douter une spéculation de librairie basée  sur la :licence générale qui régnait à l'époque du directoire" 

 

Quoiqu'il en soit, l'auteur de De Sade, Juliette imagine que Sade dans sa chambre de Picpus invente sa Juliette, la rêve, et la rêve au point qu'elle est là, belle comme le jour, assise sur le bord de la fenêtre ou de la chaise. C'est une femme de tête ; aux idées d'avenir comme aux insanités du Marquis, elle sait quoi répondre, et ce dialogue, en soi, est déjà saisissant. mais l'auteur, et aussi son metteur en scène, Michèle Venard, nous apportent un second relief : c'est que le spectacle, décalé, se passe comme si l'image de Sade était "vraie" et celle de Juliette, "imaginée", puisqu'elle n'est que la figure d'un livre.

Christian Fischer-Naudin, qui joue Sade, irradie de vitalité, de brutalité. Il se déploie, il crie, c'est une bête. Nadine Spinoza, Juliette, ne mise pas  pour indiquer son irréalité sur la transparence, l'atténuation. Non, c'est bien plus rusé que cela : ce sont entre els deux fauves, des nuances de réflexe. Un exploit.

 

Michel Cournot

 

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  • : Acteur formé lors des rencontres du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, à l’école de Grotowski et à celle de la Cartoucherie de Vincennes, Christian Fischer-Naudin a jusqu'à présent consacré l'essentiel de sa carrière au théâtre.
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